Rencontre avec Josquin Farge, co-fondateur et PDG de Soundsgood

Publié le 01.06.2018
À l’occasion du 4e Forum Entreprendre dans la Culture, retour sur la trajectoire de cinq jeunes entrepreneurs lauréats du Prix IFCIC-Entreprendre dans la Culture 2017, organisé par le ministère de la Culture et l’Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles (IFCIC). Rencontre avec Josquin Farge, un passionné de musique et de numérique dont l’envie d’entreprendre – partagée par ses associés Louis Viallet, Benjamin Bonny et Ugo Castellazzi – s’est concentrée sur la création d’une plateforme de partage de playlists musicales : Soundsgood.
© Soundsgood

Vous avez lancé Soundsgood en 2014. Quels étaient vos objectifs et intentions en développant ce nouveau média en ligne de découverte musicale fondée sur le partage de playlists ?

Le format initial de Soundsgood était celui d’un média de curation, c’est-à-dire de collecte et de valorisation de contenus issus de différentes sources, sélectionnés à partir des affinités et des critères des utilisateurs. À cette époque, le contexte était au développement du streaming média et les utilisateurs cherchaient des conseils qui leur indiqueraient quel type de musique écouter. Avec plus de 40 millions de titres en ligne, l’univers musical sur le web peut prendre des allures de véritable jungle, dans laquelle il faut pouvoir se retrouver. Dès le départ, Soundsgood a considéré la playlist comme le meilleur format possible, très facile à partager et adapté à l’envie d’éclectisme des utilisateurs.

On a donc voulu créer un média de découverte musicale qui deviendrait une référence, mais aussi un service professionnel dédié aux influenceurs musicaux (ou curators), grands consommateurs de musique sur les réseaux sociaux, pour qu’ils puissent créer, partager et diffuser leurs playlists. C’est l’ADN de Soundsgood : donner les meilleurs outils de partage de musique aux influenceurs et, par ricochet, en faire profiter tous ceux qui les suivent.

L’appui sur les recommandations des influenceurs est devenu l’ADN de Soundsgood et a ouvert une voie alternative pour profiter du streaming musical.


Comment a grandi Soundsgood au fil des ans ?

Un an après le lancement, on a commencé à réfléchir à la monétisation de Soundsgood. On s’est rapidement rendus compte qu’on ne pourrait pas finaliser le business model prévu en raison des coûts démesurés de catalogue. En une semaine, on a donc fait « pivoter » le business model : on a gardé le socle technologique du projet, mais on a décidé de pousser les playlists au sein des plateformes, d’aller recruter des influenceurs.

En juin 2017, notre communauté rassemblait déjà 7 000 influenceurs et 8 millions de followers. Ces prémices nous ont permis d’envisager une monétisation effective en deuxième partie d’année. On compte aujourd’hui 18 000 influenceurs pour 53 millions de followers. 

Après une période noire, l’industrie musicale retrouve actuellement une croissance et une confiance. Les chiffres sont positifs, les mentalités évoluent. Même si la confiance des financiers n’est pas encore totale, ce contexte favorable nous a permis de compter assez rapidement sur des investisseurs, qui nous apportent réseau et expertise. On est sur la bonne voie.

On est tout simplement des entrepreneurs dans l’âme, avec l’envie d’aller au bout d’un projet qui nous plaît.


Vous avez été lauréat du prix IFCIC 2017. Qu’a apporté une telle reconnaissance à Soundsgood ?

Venant d’une telle institution, la reconnaissance est évidente. L’aspect financier n’a pas non plus été négligeable dans la mesure où il est intervenu alors que notre processus de monétisation venait juste de débuter. Mais je retiens surtout les rencontres qu’une telle distinction permet de faire avec des professionnels et de potentiels partenaires. Étant engagé sur un projet de masse, sur ce qu’on appelle un « business de volume » reposant sur des milliers d’utilisateurs, il est peut-être plus difficile pour nous de rencontrer le contact qui va tout changer. Mais ce que propose l’IFCIC va au-delà d’une simple distinction : on est sur de l’accompagnement, du relationnel et l’ouverture de perspectives. C’est essentiel pour une jeune entreprise.


Depuis l’obtention du prix IFCIC, une année s’est écoulée. Que s’est-il passé Chez Soundsgood lors de ces derniers mois ?

Depuis ces derniers mois et les bons résultats qui ont suivi la monétisation du projet, Soundsgood a pris de l’ampleur. On travaille actuellement à accélérer notre croissance à l’étranger, notamment aux États-Unis et en Amérique du Sud. Sur le terrain, on rencontre des partenaires, on a des rendez-vous réguliers avec des médias influenceurs locaux et on poursuit un intense travail de détection d’influenceurs qui partagent des playlists. On mise sur une croissance organique : plus des influenceurs reconnus utiliseront Soundsgood, plus d’autres influenceurs s’y intéresseront et y diffuseront leurs playlists.


Quels conseils donneriez-vous à un jeune porteur de projet désireux de se lancer dans l’aventure de l’entrepreunariat culturel ?

Les industries et les métiers de l’entrepreunariat culturel restent variés. Dans l’industrie musicale qui nous concerne, le marché est nécessairement global. C’est pourquoi il faut avoir rapidement une vision globale de votre projet : voyager, connaître de nouvelles façons de faire et de penser, rencontrer des partenaires potentiels, envisager des changements d’échelle.

Multiplier les rencontres, c’est se donner la possibilité de saisir les opportunités qui se présenteront.

Malgré tout, il est indispensable de rester réalistes. Même si votre volonté de faire bouger les lignes est réelle, un modèle ne s’impose pas. Dans chaque secteur, il y a des règles juridiques et économiques à respecter, sans quoi vous vous exposerez à un rejet de la part des professionnels et des partenaires. Dans notre cas, je n’oublie pas, par exemple, que le fait de travailler avec des artistes, des ayant-droits et des maisons de disque nous donne des obligations, c’est inévitable.

Ne passez pas non plus à côté d’un travail essentiel à accomplir : s’informer sur l’histoire de son marché. Les exemples de sociétés qui ont échoué malgré une idée de départ excellente sont nombreux ; les erreurs qu’ils ont pu commettre ou les évolutions de marché qu’ils ont dû affronter peuvent vous faire apprendre. Cette analyse vous fera gagner du temps et vous donnera une vraie capacité de rebond.

Quoi qu’il en soit, retenez une chose : ne vous enfermez pas dans votre bulle en pensant que votre projet sera plagié. Au contraire, parlez-en et entourez-vous de mentors.

Il y a bien plus de personnes bienveillantes, prêtes à sincèrement aider le projet, que vous ne le croyez !