Rencontre avec Frédéric Ménard, président de la Coursive Boutaric

Publié le 30.05.2018
À l’occasion du 4e Forum Entreprendre dans la Culture, retour sur la trajectoire de cinq jeunes entrepreneurs lauréats du Prix IFCIC-Entreprendre dans la Culture 2017, organisé par le ministère de la Culture et l’Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles (IFCIC). Rencontre avec Frédéric Ménard, président d’un lieu atypique devenu une institution du tissu culturel dijonnais : la Coursive Boutaric.
© La Coursive Boutaric

Le projet de la Coursive Boutaric a vu le jour en 2010. Quels étaient vos objectifs en ouvrant les portes d’un pôle d’entreprises créatives et culturelles implanté au sein d’un immeuble en partie inoccupé de Dijon ?

Au départ, nous souhaitions avant tout accompagner le développement des entreprises culturelles de la ville grâce à un fonctionnement coopératif et, par ce biais, redynamiser un quartier populaire grâce à l’activité économique que généreraient ces opérateurs culturels. À l’époque, le quartier des Grésilles était engagé dans une vaste opération de requalification urbaine. Lorsqu’on s’est installés, 50 % des appartements étaient vacants au sein de l’immeuble !

Les fondations du projet reposent donc sur les relations nouées entre la structure de production musicale dont j’étais le directeur et l’OPAC de Dijon, ancien bailleur social public aujourd’hui connu sous le nom de Dijon Métropole Habitat. S’inscrire dans le cadre de cette opération de rénovation urbaine, avec un volet social et culturel novateur, a été une immense opportunité pour développer le projet. Au fil du temps, plusieurs acteurs culturels se sont installés et sont restés travailler au 9e étage de l’immeuble Boutaric.


Comment a grandi la Coursive Boutaric au fil des ans ?

D’un espace de coopération d’entreprises culturelles, la Coursive Boutaric s’est peu à peu transformée en un véritable pôle aux compétences multiples. En 2010, nous étions quatre opérateurs culturels ; aujourd’hui, la Coursive compte23 entreprises du bassin dijonnais, soit 73 salariés. Les métiers et les profils y sont variés, du design à l’audiovisuel, de la publicité au théâtre, en passant par le cirque, la musique, le graphisme ou encore l’écriture. Le pôle de coopération en lui-même n’est finalement devenue qu’une activité parmi d’autres. La Coursive a évolué, mais elle a conservé ce désir d’accompagner les parcours des entrepreneurs.

Notre priorité, c’est de mettre en commun les pratiques et les compétences pour donner aux entrepreneurs culturels des outils concrets, adaptés au monde économique traditionnel

Dans notre trajectoire, l’année 2014 a représenté un moment important. La Coursive Boutaric a obtenu cette année-là, dans le cadre de la loi Hamon sur l’économie sociale et solidaire, le label « Pôles territoriaux de coopération économique » (PTCE). Les financements associés nous ont permis d’expérimenter une offre nouvelle et d’arriver aujourd’hui à proposer une gamme de services aussi large : cafés-apéros professionnels ; ateliers de formation ; veille sur les marchés publics ; incubateur éphémère de 6 à 8 entreprises culturelles et créatives dans le cadre du Forum Entreprendre dans la Culture Bourgogne-Franche-Comté ; événements en lien avec l’école de commerce de Dijon, etc.


Vous avez été lauréat du prix IFCIC 2017. Qu’apporte une telle reconnaissance ?

Le prix IFCIC n’a pas constitué un premier prix pour nous. En plus d’avoir été désignée lauréate de l’appel à projets PTCE que j'évoquais précédemment, la Coursive Boutaric avait déjà été récompensée en 2012 par le prix du Concours de l’économie sociale et solidaire de la Région Bourgogne et le prix « Création d’activité et développement d’économique » dans le cadre du concours « S’engager dans les quartiers ». Le prix IFCIC vient donc confirmer la reconnaissance de notre travail, de notre engagement et de sa longévité, notre rôle de précurseur de l’entrepreneuriat culturel en Bourgogne-Franche-Comté.

Gagner un prix comme celui-ci, c’est avant tout bénéficier d’une grande mise en visibilité du projet, a fortiori dans le cadre du Forum Entreprendre dans la Culture, qui rassemble tous les acteurs du monde de l’entrepreneuriat culturel. Dans notre cas, il a été intéressant de constater que le prix a eu de vraies répercussions à l’échelle locale. La presse a parlé du projet et a contribué à nous faire connaître auprès d’autres entrepreneurs de la région.


© Raphael Helle

Depuis l’obtention du prix IFCIC, une année s’est écoulée. Que s’est-il passé à la Coursive Boutaric lors de ces derniers mois ?

Le projet de la Coursive Boutaric s’est délocalisé. Et ce, à double titre !

Nous avons d’abord été retenus dans le cadre d’un marché public par la collectivité du Grand Besançon pour animer et gérer un espace collaboratif dédié à la filière culturelle et créative. Cette sollicitation en tant que prestataire est devenue, depuis 2017, le projet 52 Battant, installé au n°52 de la rue du même nom à Besançon. Le lieu est aussi protéiforme que la Coursive dijonnaise : il abrite un show room, un espace de co-working et propose des rendez-vous conseil destinés à accompagner les porteurs de projets, à diagnostiquer leurs besoins et à les orienter vers les structures de soutien existantes.

À Dijon, nous quittons l’immeuble historique du quartier des Grésilles pour nous installer à quelques pas, dans un nouveau local de 500 m² situé sur la place Galilée. Conçu comme un vaste espace de travail collaboratif, ce lieu a vocation à devenir le premier tiers-lieu dijonnais. Aujourd’hui, la Coursive Boutaric est donc une aventure hybride, un pied à Dijon sur les bases d’un projet issu de la société civile, l’autre à Besançon dans un cadre plus politique.


Quels conseils donneriez-vous à un jeune porteur de projet désireux de se lancer dans l’aventure de l’entrepreunariat culturel et/ou social ?

Il est primordial d’avoir une connaissance poussée du contexte territorial dans lequel se monte le projet. On trouve aujourd’hui de nombreux organismes de soutien capables d’accompagner les entrepreneurs. Allez rencontrer ces structures, leur existence est une chance. À l’époque de la création de la Coursive, tout cela n’existait pas et nous aurait été pourtant très bénéfique, notamment en matière d’ingénierie dans le cadre d’un projet aussi complexe.

Aujourd’hui, il devient de plus en plus simple de monter un projet. Dans les territoires, les tissus d’accompagnement et de fonds d’amorçage n’ont jamais été aussi denses : profitez-en, faites-vous aider !

Dans le même ordre d’idée, n’hésitez pas à vous construire un solide réseau professionnel. Dans notre cas, les relations entretenues avec Dijon Métropole Habitat et le soutien de personnalités prestigieuses du monde de l’économie sociale et solidaire ont porté le projet, lui ont donné de la confiance et de la stabilité. Les événements comme le Forum Entreprendre dans la Culture, dans sa version nationale comme dans ses déclinaisons régionales, sont d’ailleurs des rendez-vous à ne pas manquer. La mise en réseau, c’est la clé.