Rencontre avec Carl de Poncins, président et co-fondateur de Panthea

Publié le 22.05.2018
À l’occasion du 4e Forum Entreprendre dans la Culture, retour sur la trajectoire de cinq jeunes entrepreneurs lauréats du Prix IFCIC-Entreprendre dans la Culture 2017, organisé par le ministère de la Culture et l’Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles (IFCIC). Rencontre avec Carl de Poncins, fondateur – aux côtés de Christophe Plotard et Romain Beytout – de Panthea, service de surtitrage de pièces de théâtre à la croisée entre tourisme, culture et technologie.
© Panthea - TiP

Vous avez lancé Panthea en 2014. Quels étaient vos objectifs et intentions en développant ce service innovant de surtitrage multilingue ?

Nous avons créé le site www.theatreinparis.com, qui recense tous les spectacles accessibles aux étrangers grâce au surtitrage, avec un objectif de départ simple : rendre le théâtre accessible aux visiteurs étrangers en France. L’idée est partie d’un constat après interprétation des pratiques touristiques : la culture représente le premier motif de voyage des touristes en visite en France, or ce tropisme pour la culture française se reporte avant tout sur les musées et les monuments historiques, témoins d’une France éternelle. En leur permettant de dépasser la barrière de la langue, Panthea leur ouvre un accès à une culture vivante, non figée.

Au théâtre, certaines pièces étrangères sont surtitrées en français. Nous avons inversé la proposition en surtitrant les pièces pour des étrangers afin d’attirer de nouveaux publics. L’expérience touristique change également de dimension : aller au théâtre dans un pays étranger, c’est s’immerger profondément dans sa culture, partager un plaisir collectif et un vrai sentiment d’appartenance. Inventer ce service dans une ville-monde comme Paris, première ville de théâtre non anglophone, nous a semblé une évidence.

Les musées proposent des audioguides, pourquoi ne pas offrir le même type de service dans les théâtres ?


Comment a grandi Panthea au fil des ans ?

Le premier travail a été de réaliser une analyse fine du marché du tourisme, ses évolutions et ses tendances. La rencontre avec un sociétaire de la Comédie-Française, qui a joué en tournée en Russie et en Chine, a aussi été importante pour prendre la mesure des attentes et des pratiques à l’étranger.

Mais le projet a pu s’affirmer et s’épanouir grâce à deux éléments décisifs : l’accompagnement de BPI France et de Paris&Co, incubateur des start-ups de la Ville de Paris, et la possibilité offerte par le festival d’Avignon de mener une expérience pilote. Avignon a constitué une formidable caisse de résonance pour le projet, testé sur le terrain au cœur de lieux extraordinaires.

Le service proposé par Panthea fait venir le public grâce à des outils d’accessibilité uniques. Nous proposons toute la gamme des services de surtitrage : écrans LEDs, vidéoprojecteurs, lunettes connectées individuelles, ainsi que les traductions elles-mêmes et le service de topage, c’est-à-dire la synchronisation en direct pendant les représentations. Nous avons également développé un logiciel dédié, Spectitular, qui réduit fortement le temps de préparation des surtitres et rend leur utilisation facile et rapide. De nombreux lieux prestigieux l’utilisent, comme par exemple l’Opéra de Berlin. Tous ces services ont rapidement intéressé de nombreux lieux de diffusion à Paris, en région et au-delà de nos frontières, au point que la société a commencé à mener un développement international.


Vous avez été lauréat du prix IFCIC 2017. Que vous a apporté une telle reconnaissance, dans le domaine professionnel mais également à titre personnel ?

L’IFCIC est peu connu du grand public, mais il représente pourtant une autorité pour les professionnels des industries culturelles et créatives. Recevoir un tel prix, des mains d’un jury composé de membres reconnus pour leur travail et leur implication dans le domaine de l’innovation culturelle, a constitué une forte reconnaissance pour Panthea. En apportant un indéniable gain de visibilité et un gage de sérieux, le prix a permis de crédibiliser notre société. Cet aspect est fondamental pour toute entreprise proposant comme nous une offre nouvelle, avec des références qui peuvent manquer dans les premiers mois d’existence.

Le prix IFCIC a récompensé l’envie de voir se développer de nouveaux outils centrés sur l’accessibilité à une culture vivante. Le signal est positif !


© Theatre in Paris

Depuis l’obtention du prix IFCIC, une année s’est écoulée. Que s’est-il passé pour Panthea lors de ces derniers mois ?

Panthea a tout d’abord finalisé le développement du logiciel de surtitrage Spectitular. Nous avons également entamé des collaborations prestigieuses, notamment avec le Théâtre de l’Odéon, le festival de Vidy-Lausanne, l’Opéra de Paris. Au-delà du surtitrage, nous nous efforçons aujourd’hui d’élever nos exigences en termes d’accueil et de faire d’une soirée au théâtre une expérience authentique et unique pour les visiteurs. Il nous reste encore du travail à accomplir pour étendre l’offre non seulement à Paris mais aussi en France et en Europe.

Le succès rencontré nous a permis d’assumer le renforcement de l’équipe commerciale et de prendre un virage à dimension internationale : la société est présente aujourd’hui à Paris et à Berlin. À terme, l’objectif serait de traduire vers et de toutes les langues du monde. Panthea développe des outils de promotion des langues et des possibilités de partage qu’elles ouvrent : certains spectateurs commencent l’apprentissage du français à la sortie d’une représentation, il nous est arrivé de surtitrer des pièces étrangères en plusieurs langues sur lunettes connectées. Il existe également des perspectives enthousiasmantes en matière d’accessibilité des pièces au public sourd ou malentendant.


Quels conseils donneriez-vous à un jeune porteur de projet désireux de se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat culturel ?

Il y a selon moi deux piliers incontournables.

Sans une passion véritable et sincère pour votre domaine d’activité, votre énergie et votre implication ne seront pas suffisantes. Il vous faut aussi vous poser la question de l’intérêt social et culturel de votre démarche : si mon projet me passionne, qu’apporte-t-il réellement de nouveau pour les autres ? Par quels moyens vais-je parvenir à les convaincre ?

Votre projet doit être la raison qui vous fait vous lever le matin.

Il faut ensuite faire de la rentabilité de votre projet une question centrale. Que peut-il me rapporter ? Quels développements le rendront rentable et me permettront par la suite de le rendre encore plus performant ? Un projet ancré dans le monde culturel reste une entreprise, avec ses contraintes financières et ses objectifs légitimes de développement. L’équilibre à trouver est à la fois simple et complexe : ne pas être trop rêveur, sans jamais devenir un simple « boutiquier ».


Retrouvez Panthea sur www.panthea.com et www.theatreinparis.com